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Les membres du groupe thématique  Gouvernance et Financement de l’Éducation (GFE) du CEFAN

Gratuité dans le préscolaire : la société civile tire la sonnette d’alarme


Malgré les textes officiels et la suppression des frais d’inscription, la gratuité du préscolaire, les parents continuent de supporter des charges financières importantes, compromettant l’accès équitable à l’éducation dès la petite enfance.


Face à cette situation, les organisations de la société civile, membres de la Cameroon Education For All Network (CEFAN), interpellent les pouvoirs publics et appellent à une application réelle et effective de la gratuité dans le préscolaire et le primaire publics.

Des coûts cachés qui excluent les familles

Ces préoccupations ont été mises en lumière lors d’un point de presse tenu au siège du CEFAN à Yaoundé, au cours duquel ont été présentés les principaux résultats d’une étude consacrée à la gratuité dans le préscolaire public.

Menée par le Groupe Thématique Gouvernance et Financement de l’Éducation (GFE) du CEFAN, l’étude révèle que la gratuité demeure partielle. Si les frais d’inscription ont été supprimés, les parents continuent de payer des montants significatifs au titre de l’Association des Parents d’Élèves et Enseignants (APEE), avec des contributions allant de 5 000 à 15 000 FCFA. À cela s’ajoutent les dépenses liées aux photocopies, aux carnets de correspondance et aux bulletins de notes.

Pour de nombreuses familles, ces frais indirects constituent un véritable obstacle à la scolarisation.

Seuls 4 enfants sur 10 accèdent à la maternelle

Cette situation se traduit par un faible taux de préscolarisation, estimé à environ 40 %, soit quatre enfants sur dix seulement ayant accès à la maternelle. Les témoignages recueillis auprès des parents indiquent clairement que le coût élevé du préscolaire est l’une des principales causes de cette faible fréquentation.

Ce constat remet en cause les engagements du Cameroun en matière d’équité et prive des milliers d’enfants des bases essentielles à leur réussite scolaire future.

Des dispositifs publics insuffisants et inégalement appliqués

L’étude met également en évidence l’insuffisance et l’application inégale des mécanismes publics de soutien, notamment le paquet minimum et la caisse d’avance. Alors que certains établissements en bénéficient, d’autres peinent à y accéder.

Cette situation favorise le recours croissant aux maîtres et maîtresses de parents, avec pour conséquence une dégradation de la qualité de l’encadrement pédagogique.

Pour une gratuité réelle et inclusive

Au regard de ces constats, le CEFAN et ses organisations membres plaident pour une véritable gratuité de l’éducation, incluant au moins une année de préscolaire gratuite et l’ensemble du cycle primaire.

Pour la Coalition, cette gratuité doit impérativement comprendre : la suppression de tous les frais directs et indirects à la charge des parents ; la fourniture gratuite des manuels scolaires et des tenues pour les enfants du préscolaire et du primaire ; une implication accrue des communes et de la société civile dans la distribution du paquet minimum et le suivi des activités scolaires ; ainsi que l’adoption d’un texte juridique clair (décret ou loi) consacrant officiellement la gratuité de l’école.

Financer durablement la gratuité

Conscient des enjeux budgétaires, le Groupe Thématique GFE propose plusieurs pistes de financement durable, notamment : la taxation de certains produits manufacturés et agroalimentaires ; la taxation des ressources naturelles, en particulier celles du sous-sol ; la mobilisation de fonds issus de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ; une contribution solidaire de 1% du salaire mensuel des travailleurs camerounais.

De la recherche à l’action

À la suite de la publication des résultats de cette étude, le CEFAN entend finaliser une analyse approfondie sur le financement durable de la gratuité scolaire, élargir le groupe national de plaidoyer, mettre en place un observatoire indépendant de l’éducation et œuvrer pour l’adoption d’une loi nationale sur le financement de l’éducation au Cameroun.

Pour le CEFAN, le message est sans équivoque : la gratuité de l’école ne peut rester une promesse. Elle doit devenir une réalité concrète, portée par une volonté politique forte, des ressources suffisantes et des mécanismes efficaces de redevabilité, afin de garantir à chaque enfant camerounais son droit fondamental à l’éducation.